Guide · Créer & refondre son site
Création du site internet d'un domaine viticole : vendre, accueillir, raconter
Création du site internet d'un domaine viticole : quelle porte ouvrir en premier, la page visite qui remplit le caveau, et ce que la loi Évin impose.
Le site d'un domaine viticole ouvre trois portes : la vente directe, l'accueil au caveau et le récit du domaine. Elles ne s'ouvrent pas forcément en même temps. Beaucoup de domaines gagnent plus vite en soignant la page visite et le retrait au caveau qu'en montant une boutique d'expédition, qui suppose une logistique de verre fragile et une grille de port au poids.
Entre le Pic Saint-Loup, les Terrasses du Larzac et les coteaux de l’étang de Thau, un domaine ressemble rarement au précédent, et pourtant leurs sites se ressemblent tous : une page d’accueil sur les vignes, une liste de cuvées, un formulaire de contact. Le résultat est une plaquette. La création du site internet d’un domaine viticole devient utile le jour où elle arbitre entre trois portes bien distinctes, plutôt que d’essayer de les entrouvrir toutes.
La création du site internet d’un domaine viticole ouvre trois portes, jamais toutes en même temps
Un site de domaine peut vendre en direct, accueillir au caveau, et raconter ce que l’étiquette ne dit pas. Ce sont trois métiers, avec trois publics et trois charges de travail. Les ouvrir toutes le premier jour est le meilleur moyen de n’en réussir aucune.
Ce qui tourne déjà chez vous décide de la première porte
L’arbitrage se fait sur une question concrète : qu’est-ce qui, chez vous, est déjà rodé ? Si vous recevez au caveau et vendez sur place, la porte de l’accueil et le retrait sur place se mettent en ligne en quelques semaines et rapportent tout de suite. Si vous expédiez déjà, en salons ou par téléphone, la boutique formalise un flux qui existe.
Ce qui coûte cher, c’est d’inventer l’expédition en même temps que le site : le verre casse, le poids commande le tarif, et une grille de port fausse se paie sur chaque commande.
Ce que la boutique règle, et ce qu’elle laisse entier
La mécanique de la vente en ligne mérite son propre traitement, et nous l’avons écrit à part : unité de vente, caisse panachée, port au poids, millésimes qui tournent. Tout est dans vendre son vin en ligne, et ce guide ne le refait pas.
Le présent article reste sur ce que la boutique ne règle pas : faire venir au caveau, donner envie de choisir une cuvée plutôt qu’une autre, et ranger une propriété qui fait rarement un seul métier. Un domaine peut très bien vendre correctement en ligne et rester invisible pour le couple qui cherchait une dégustation à trente minutes de Montpellier.
Ce que la loi Évin impose aux pages d’un domaine
C’est le sujet que les vignerons abordent en dernier, souvent après la maquette, et c’est une erreur de calendrier : deux ou trois de ces contraintes touchent l’architecture du site, pas sa décoration.
Un contenu limité à des éléments objectifs, et un message sanitaire
La publicité en faveur des boissons alcooliques est autorisée sur les services de communication en ligne, à l’exclusion de ceux qui apparaissent comme principalement destinés à la jeunesse et de ceux édités par des associations, sociétés et fédérations sportives : c’est le neuvième alinéa de l’article L.3323-2 du code de la santé publique.
Son contenu, lui, est encadré par l’article L.3323-4, qui le limite à des éléments objectifs : le degré volumique, l’origine, la dénomination, la composition, le nom et l’adresse du producteur, le mode d’élaboration, les modalités de vente et le mode de consommation. Le même article autorise expressément les références au terroir, aux distinctions obtenues et aux appellations, ainsi que les mentions objectives de couleur et de caractéristiques olfactives et gustatives. Enfin, il impose que la publicité soit assortie d’un message sanitaire précisant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
Traduit en décisions de conception : vos notes de dégustation ont leur place, à condition de décrire le vin plutôt que l’effet qu’il produit sur celui qui le boit. Vos médailles et votre appellation aussi, et la loi les autorise explicitement. Le message sanitaire, lui, a besoin d’un emplacement prévu dans le gabarit, pas ajouté au chausse-pied trois jours avant la mise en ligne.
Nous montons des sites, nous ne rendons pas d'avis juridique
Les articles cités ici sont ceux en vigueur au moment où nous écrivons, et le droit bouge. Le libellé exact du message sanitaire et l’appréciation de ce qui constitue une publicité se vérifient sur le texte en vigueur et se font valider par votre conseil, jamais dans un article de blog. Ce que nous tenons de notre côté, c’est de poser ces contraintes au moment de la conception, quand elles ne coûtent rien, plutôt qu’après la recette.
Le contrôle de l’âge se place devant la boutique, pas devant le domaine
La vente d’alcool à un mineur est interdite, et le vendeur doit exiger la preuve de la majorité de son client : c’est l’article L.3342-1 du code de la santé publique. En ligne, cela se traduit par un contrôle, et c’est son emplacement qui fait toute la différence.
L’erreur la plus répandue consiste à poser l’écran de confirmation d’âge à l’entrée générale du site. Il accueille alors aussi le touriste qui cherchait vos horaires de caveau et la famille qui voulait réserver une dégustation. Placez-le devant la boutique et le tunnel d’achat, et laissez l’accueil, la page visite et le contact librement accessibles. Ce déplacement ne coûte rien s’il est décidé au départ, et il se paie en refonte ensuite.
L’accueil au domaine : la page visite est celle qui rapporte le plus vite
C’est la porte la plus rentable et la plus négligée. Un visiteur qui pousse la porte du caveau repart avec des bouteilles, sans frais de port, sans casse et sans commission. Encore faut-il qu’il sache ce qu’il vient chercher, et cette page-là se résume trop souvent à trois lignes vagues.
Les six informations qu’une page visite doit donner
- Les jours et heures réels d'ouverture du caveau, saison haute et saison basse séparées. C'est la première cause de visite perdue.
- La durée et le déroulé : une heure dans les vignes puis une dégustation de quatre cuvées, ce n'est pas la même chose qu'un passage au comptoir.
- Le tarif, s'il y en a un, et ce qu'il comprend. Une dégustation payante annoncée fait venir un visiteur mieux disposé qu'une gratuité floue.
- La taille de groupe acceptée, avec un minimum et un maximum. C'est ce qui vous évite l'autocar imprévu et le refus gênant.
- Les langues dans lesquelles vous recevez : sur nos terroirs, une partie des visiteurs d'été ne parle pas français.
- L'accès, décrit en toutes lettres : les navigateurs se perdent dans les chemins de vignes. Deux phrases de repères valent mieux qu'un point sur une carte.
Une septième information ne figure sur aucune liste et pèse pourtant : ce qui se passe une fois arrivé. Deux phrases suffisent. Qui reçoit, où se garer, s’il faut sonner. Un moment se réserve quand il est déjà un peu imaginé.
La réservation : un agenda de créneaux, pas un moteur d’hôtel
Rendez la réservation aussi visible que la boutique, au même niveau dans le menu et sur l’accueil. Un agenda de créneaux et une confirmation par mail suffisent : ce n’est pas un moteur d’hôtel, et le sur-équipement est le piège courant à cet endroit.
Prévoyez en revanche deux réglages que les domaines réclament tous au bout de six mois : fermer les créneaux d’un geste pendant les vendanges, et changer la jauge entre le mardi de novembre et le samedi de juillet.
Faut-il un module de réservation pour les visites, ou un simple formulaire de demande ?
Cela dépend de qui répond, et à quel rythme. Si quelqu’un relève les messages tous les jours au domaine, un formulaire de demande suffit, et il a un avantage : vous gardez la main sur le groupe que vous acceptez. Le module en créneaux devient utile quand les demandes arrivent le soir et le week-end, au moment où personne n’est disponible pour répondre. Le basculement se fait ensuite sans refaire le site.
Combien de photos faut-il pour ouvrir la page visite d'un domaine ?
Cinq ou six suffisent, à condition qu’elles montrent le lieu réel et pas seulement les vignes au coucher du soleil : le caveau tel qu’il est, le chai, la table de dégustation, l’accès et le parking, et une photo où quelqu’un du domaine apparaît. Ce sont les images qui répondent aux questions muettes du visiteur, celles qu’il ne posera jamais au téléphone : est-ce ouvert au public, vais-je déranger, puis-je venir avec les enfants. Les vues de drone font une belle bannière et ne répondent à aucune des trois.
Notre caveau n'ouvre que l'été : faut-il quand même une page visite ?
Oui, et elle doit dire la saison en toutes lettres dès le premier écran. Une page muette de novembre à mars laisse croire que le domaine ne reçoit pas, et le visiteur d’octobre qui prépare son mois de juillet ne vous retiendra pas. Affichez la période d’ouverture, la date de réouverture dès que vous la connaissez, et proposez hors saison ce que vous savez faire : la visite sur rendez-vous ou le retrait de commande.
Qui met à jour les horaires du caveau et les dates de vendange ?
Vous, ou personne, et c’est la question à poser avant de choisir un prestataire. Demandez une démonstration en direct : fermer une semaine, changer une heure d’ouverture, publier une note de vendange. Si l’opération passe par un tiers, elle ne sera pas faite au moment précis où elle compte, pendant les vendanges. Un site de domaine faux en septembre fait plus de mal qu’un site sobre tenu à jour.
Raconter à l’endroit de la décision, et ranger ce qui déborde du vin
Cent domaines vendent du rouge à quelques kilomètres de vous, un seul a votre parcours. Mais le récit ne fonctionne pas là où la plupart des sites le rangent, et les gammes annexes se traitent avec la même exigence de hiérarchie.
Deux registres de récit, et il vaut mieux en choisir un
Une page « notre histoire » isolée n’est presque jamais lue, parce que personne n’arrive sur un site de domaine pour lire une biographie. Déplacez-la. Le même récit posé sur les fiches de cuvées arrive au moment exact où le visiteur se demande pourquoi celle-ci plutôt que la voisine. La parcelle, l’âge des vignes, l’année qu’il a fait, la raison d’un assemblage : ce sont des arguments de vente, pas de la décoration. Posé sur la page visite, le même matériau donne envie de venir. Posé dans une rubrique, il dort.
Deux registres se distinguent ensuite, et vouloir les deux produit un texte tiède. Le domaine qui porte une histoire longue, plusieurs générations ou un bâti ancien, gagne à ancrer chaque page dans cette continuité : le récit est un socle, il se réécrit rarement. Le domaine récent, ou porté par des vignerons qui assument un ton personnel, gagne au contraire à publier régulièrement, les travaux de l’année, la vendange, un essai raté. Le premier registre rassure, le second crée de l’attachement, et le second suppose que quelqu’un écrive vraiment quatre fois par an.
Chaque gamme a sa saison, votre menu n’en a qu’une
Beaucoup de propriétés d’ici vendent bien autre chose que du vin. Huile d’olive, miel, jus de fruits, olivades, hébergement, location de salle : chacune arrive au site avec la même demande, sa place dans le menu. Céder à toutes transforme la propriété en épicerie et brouille ce qui fait votre nom.
Le principe de tri est arithmétique avant d’être esthétique : donnez à chaque gamme un poids proportionnel à ce qu’elle pèse dans votre chiffre, et pas à l’attachement que vous lui portez. Une huile produite sur quelques centaines de litres mérite une belle page, pas une entrée au même niveau que les cuvées. Une gamme qui représente un tiers des ventes mérite en revanche sa propre boutique et son propre vocabulaire : personne n’achète une huile avec les mots d’un rouge de garde.
Vérifiez ensuite un point qui se traite rarement : ces gammes n’ont pas la même saison. Le miel et les jus se vendent aux fêtes, l’huile après la trituration, le vin toute l’année. Un menu figé traite les trois de la même façon en janvier comme en août ; une page d’accueil qui se réordonne trois fois par an suit vraiment votre activité, et cela se prévoit dès la conception plutôt que de se bricoler ensuite.
Deux activités sortent franchement du périmètre de cet article. Si la réception d’événements devient un métier à part entière, votre site prépare un devis daté et non une visite, et cela change tout le parcours : voyez le site d’un traiteur ou d’un domaine de réception. Et si vous ouvrez une vraie table au domaine, les briques sont celles d’un restaurant, décrites dans notre guide du site internet d’un restaurant.
Par quelle porte commencer, et ce qui reste chez vous
Tout ce qui précède se décide sans nous, et c’est même la partie qui vous appartient : savoir ce que vous vendez déjà au caveau, qui vous recevez l’été, et dans quelle langue. Un vigneron qui arrive avec ces trois réponses saura reconnaître un prestataire qui lui propose la mauvaise porte.
Ce que nous prenons en main commence une fois la décision prise : le gabarit qui accueille le message sanitaire sans le subir, le contrôle d’âge devant la boutique, la page visite qui donne ses six informations, et les entrées séparées quand la propriété fait plusieurs métiers.
Par quelle porte commencer, chez vous ?
Trois portes, et rarement toutes en même temps. Dites-nous ce que vous vendez au caveau, si vous expédiez déjà et qui vous recevez : nous vous répondons sur la porte à ouvrir en premier, et sur ce qui peut attendre.
Questions fréquentes
Faut-il une boutique en ligne ou une simple vitrine pour un domaine viticole ?
Commencez par ce que vous savez déjà faire. Une vitrine avec réservation de visites et retrait au caveau présente les cuvées, remplit le caveau et encaisse sans logistique d'expédition. La boutique se justifie quand l'expédition devient un canal régulier, avec le poids, la casse et les frais de port que cela suppose. Le site peut très bien évoluer de l'une vers l'autre sans être refait.
Le site d'un domaine viticole est-il soumis à la loi Évin ?
La publicité en faveur des boissons alcooliques est autorisée sur les services de communication en ligne, sauf sur ceux principalement destinés à la jeunesse et sur ceux édités par des associations et fédérations sportives : c'est l'article L.3323-2 du code de la santé publique. Son contenu est encadré par l'article L.3323-4, qui la limite à des éléments objectifs et impose un message sanitaire. Faites relire votre site par votre conseil : nous montons des sites, nous ne rendons pas d'avis juridique.
Que doit contenir la page « visite et dégustation » d'un domaine ?
Six informations, et presque aucun site ne les donne toutes : les jours et heures réels d'ouverture du caveau, la durée de la visite, le tarif s'il y en a un, la taille maximale d'un groupe, les langues dans lesquelles vous recevez, et l'accès. Ajoutez une phrase sur ce qui se passe une fois arrivé. Une réservation se prend quand le visiteur sait exactement ce qu'il achète comme moment.
Faut-il une page « notre histoire » sur le site d'un domaine viticole ?
Une page d'histoire isolée est rarement lue, parce que personne n'arrive sur un site de domaine pour lire une biographie. Le même récit placé sur les fiches de cuvées, dans la page visite et sur l'accueil travaille beaucoup mieux : il arrive au moment où le visiteur se demande pourquoi ce vin plutôt qu'un autre. Racontez à l'endroit de la décision, pas dans une rubrique à part.
Où se pose le contrôle de l'âge sur le site d'un domaine ?
Devant ce qui vend, pas devant tout le site. Un écran de confirmation d'âge placé à l'entrée générale fait fuir le visiteur venu réserver une dégustation ou chercher l'adresse du caveau. Placez-le devant la boutique et le tunnel d'achat, et laissez les pages d'accueil, de visite et de contact librement accessibles. Le sujet se règle à la conception, jamais après coup.
Comment présenter une gamme qui déborde du vin : huile d'olive, miel, gîte ?
Donnez à chaque gamme un poids proportionnel à ce qu'elle pèse dans votre chiffre, pas à l'attachement que vous lui portez. Quelques centaines de litres d'huile méritent une belle page, pas une entrée au même rang que les cuvées. Un tiers des ventes mérite au contraire sa propre boutique et son propre vocabulaire : personne n'achète une huile avec les mots d'un rouge de garde.
Faut-il traduire le site de son domaine viticole ?
Regardez d'abord qui pousse la porte du caveau en juillet. Sur nos terroirs, une partie des visiteurs d'été ne parle pas français, et ce sont eux qui repartent avec un carton. Dans ce cas, traduisez en priorité la page visite et les informations pratiques, avant les fiches de cuvées : le visiteur étranger a besoin de savoir quand venir et comment arriver, pas de lire une note de dégustation. Si votre caveau ne reçoit que des habitués du département, l'effort est mieux placé ailleurs.
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